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Éducateur familial : en quoi consiste ce métier

1 200 enfants accueillis chaque soir sous la responsabilité de l’Aide sociale à l’enfance. Voilà la réalité, brute, du quotidien de milliers de professionnels dans l’ombre, dont l’éducateur familial. En France, la prise en charge d’enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance repose en partie sur un métier peu médiatisé, mais essentiel au fonctionnement du système. La réglementation prévoit une présence continue auprès des jeunes accueillis, souvent dans le cadre du droit commun, mais avec des adaptations permanentes aux réalités des familles d’accueil.Les parcours menant à cette profession restent variés, sans passage obligé par une seule voie de formation. Les conditions de travail oscillent entre grande autonomie et contraintes horaires, tandis que le statut et la rémunération diffèrent selon les employeurs. La complexité des missions s’accompagne d’une responsabilité juridique et éducative de tous les instants.

Le métier d’éducateur familial : rôle, missions et quotidien

L’éducateur familial occupe une place unique parmi les acteurs du social. Ce professionnel se situe à la croisée du quotidien et de l’éducation, offrant aux jeunes confiés un repère stable, rythmé, et sécurisant. Dans les Villages d’Enfants et d’Adolescents de la Fondation ACTION ENFANCE, il assure la prise en charge d’un groupe d’enfants ou d’adolescents, souvent des fratries séparées de leur milieu d’origine. Son engagement vise à instaurer un environnement structurant, où chacun retrouve des repères, réapprend la confiance, s’approprie des règles claires et peut tracer une nouvelle trajectoire.

Sa journée ne comporte pas de routine prévisible : il faut organiser les repas, accompagner aux devoirs, veiller à la santé, au rythme, à la scolarité. Tout se joue dans les détails. L’éducateur familial travaille main dans la main avec des assistants sociaux, des professionnels spécialisés, des psychologues, parfois des magistrats. Son action ne cesse jamais de s’adapter à la situation de chaque enfant, qu’il y ait des troubles psychiques, des difficultés motrices, ou des blocages dans la relation. Partout où c’est possible, il restaure le lien entre frères et sœurs car la force de la fratrie est précieuse ; elle protège, elle rassure.

Dans les mots de Lucille Grenot, éducatrice familiale à Soissons : « Nous partageons le quotidien, les petits succès comme les moments difficiles. » Édouard Jung, en poste à Bar-le-Duc, évoque ce métier tissé d’autonomie mais aussi de coopération, de projets communs, de lien humain. Chaque année, la Fondation propose des événements porteurs, du prix littéraire au projet cinéma, en passant par des actions environnementales, transformant la vie du groupe en terrain d’expression pour chacun, enfants comme professionnels.

Les missions principales de ce métier sont multiples :

  • Accompagnement individualisé : être présent pour chaque jeune, dans chaque étape du quotidien.
  • Gestion autonome de la maison : piloter l’organisation en cohérence avec le projet éducatif défini.
  • Travail collectif : collaborer activement avec les autres membres de l’équipe éducative et du réseau social local.

Quelles formations et compétences pour devenir éducateur familial ?

Le métier d’éducateur familial accueille des profils très variés. Au sein de la Fondation ACTION ENFANCE, une formation interne de 120 heures prépare les nouveaux arrivants, qu’ils soient déjà aguerris ou en reconversion, diplômés ou non. Il n’existe pas de voie unique : l’engagement humain compte autant que le parcours technique ou les diplômes. L’expérience, la capacité à travailler en équipe, le désir fort de contribuer à la résilience de chaque enfant sont recherchés, autant que la certification.

Dans la réalité, on croise beaucoup de diplômés du secteur social comme le DEES (Diplôme d’État d’Éducateur Spécialisé), le DEEJE (Diplôme d’État d’Éducateur de Jeunes Enfants), le DEME (Diplôme d’État de Moniteur Éducateur), ou encore le CAP Accompagnement éducatif petite enfance. Certains professionnels viennent d’autres horizons : assistants de service social, conseillers en économie sociale, ou justement, personnes sans diplôme mais avec une envie puissante d’accompagner des jeunes cabossés par la vie.

Cette diversité nourrit la dynamique de groupe et l’esprit d’équipe. Mais quelles aptitudes font la différence ? On attend naturellement de la patience, de l’écoute, un sens aigu de l’organisation et une solide capacité relationnelle. Savoir alterner fermeté et dialogue, anticiper l’imprévu, garder le cap dans la durée : autant de leviers pour soutenir, redresser, encourager les jeunes confiés.

Voici les aspects clés à connaître sur la formation et les aptitudes attendues :

  • Une formation interne préparatoire de 120 heures est proposée au démarrage.
  • Les diplômes du secteur social ou médico-social sont appréciés, mais pas exigés.
  • Les qualités humaines, relationnelles et le sens de la responsabilité sont des atouts majeurs.

Pour toute personne souhaitant exercer en tant qu’assistant familial, un agrément délivré par le conseil général est obligatoire, après une évaluation menée par la protection maternelle et infantile. Ce feu vert ouvre la voie à une formation complémentaire de 240 heures et impose de présenter le Diplôme d’État d’Assistant Familial (DEAF) dans les trois ans suivant la première embauche.

Homme éducateur discutant avec deux adolescents dans le salon

Salaires, conditions de travail et perspectives d’évolution dans la profession

La rémunération varie selon l’expérience et l’ancienneté, en référence à la convention collective nationale 51. Une grille fixe le point de départ, à laquelle s’ajoutent différentes primes au fil des années et lors de la participation à certains projets collectifs. Le dispositif prévoit aussi des avantages sociaux pour soutenir le pouvoir d’achat et des aides pour aménager les périodes de repos, une nécessité, puisque la présence auprès des enfants mobilise toute l’énergie de l’éducateur familial.

L’organisation du travail s’articule autour de maisons autonomes et vivantes. La présence est continue, mais pensée en relais : les temps de repos sont programmés, assurant la continuité éducative tout en limitant l’épuisement. Le travail d’équipe prime ; éducateurs spécialisés, psychologues, assistants sociaux, coordinateurs et intervenants extérieurs interviennent à la demande, formant une constellation solidaire au service des enfants accueillis.

La Fondation veille à entretenir la cohésion, l’écoute et le respect des efforts fournis. Boris Papin, directeur des ressources humaines, insiste sur l’importance de la confiance et du dialogue pour maintenir la motivation et éviter le découragement. Les opportunités d’évolution professionnelles existent : la mobilité interne, des formations diplômantes, la prise de responsabilités de coordination ou de projet jalonnent les parcours de celles et ceux qui voudront s’investir sur la durée.

Ceux qui choisissent cette voie y laissent une marque profonde, visible parfois bien des années après. Il n’est pas rare de croiser d’anciens enfants devenus adultes, capables de se souvenir avec précision de l’adulte qui, le premier, a cru en eux. L’éducateur familial, pour beaucoup, devient ce repère inattendu sur le chemin d’un possible renouveau.